
02/03/2010 |
Lacey Bell
La capitaine de l'équipe de N2 du Volley-Ball Pexinois Niort est américaine. A 27 ans, son parcours sportif européen traduit son véritable esprit d'aventurière. Portrait d'une jeune femme ambitieuse et volontaire, qui concilie brillamment sa carrière et ses études.
Le sport, pour vous, c'est une histoire de famille ?
Mes parents ont joué à un haut niveau universitaire : ma mère en natation, mon père au basket. Pour ma part, je me suis intéressée à de nombreuses disciplines : basket, volley, tennis, athlétisme, danse/ballet... Dès le lycée, je me suis concentrée sur les sports que je pouvais pratiquer à l'Université, et j'ai pris conscience que si j'avais un talent à exploiter, c'était sans aucun doute dans le volley. Ce n'était pas le sport de ma vie à ce moment-là, mais le plus accessible dans ma région.
Dans quelles conditions avez-vous commencé à jouer plus "sérieusement" au volley ?
Je suis née dans le Montana mais j'ai vécu à Yakima (Etat de Washington) et à Bozeman (Etat du Montana). Je suis entrée à l'Université de Gonzaga (université privée catholique jésuite) à Spokane (Etat de Washington). Elle est très réputée pour le basket, mais on peut y pratiquer tous les sports. J'ai obtenu une bourse complète de 45 000 € par an pour jouer. J'avais cours le lundi, le mardi et le mercredi, puis je prenais l'avion le mercredi soir pour jouer deux matchs chaque week-end, en Californie par exemple.
J'ai obtenu mon Bachelor (équivalence du niveau maîtrise en France) en arts (philosophie et sciences politiques) en mai 2006. J'ai quitté les Etats-Unis dans la foulée, pour rejoindre l'Europe. J'ai mis le cap sur le sud de l'Espagne, avec pour objectif, aussi, l'apprentissage de la langue.
Racontez-nous votre épopée espagnole.
J'ai tout d'abord joué en Pro A à Murcia pendant trois ou quatre semaines. J'ai quitté le club avant le début du Championnat car j'avais l'intuition qu'il rencontrait de gros problèmes financiers, et donc que mon avenir sportif risquait d'être compromis, avec eux. Je ne me suis pas trompée : quatre mois plus tard, toutes les filles avec lesquelles je jouais sont parties, elles aussi. Une semaine après, je rejoignais le club d'Almeria, dont le niveau était assez "bas". Je n'ai rien signé et heureusement, car leur manque de professionnalisme ne m'a pas plu, donc je ne suis pas restée. Je suis très cadrée, très rigoureuse (à cause de mon éducation sans doute). La lenteur et le laxisme des Espagnols dans leur organisation sportive m'ont un peu choquée, à vrai dire.
Ensuite, je suis partie à Madrid pour la Nocha Blanca. C'était de la folie. Ça m'a donné envie de profiter de mon séjour en Espagne pour vivre des vacances en mode "beach volley, surf et sangria" ! Pour me rapprocher de cet idéal, on m'a recommandé San Sebastian, et j'ai de nouveau pris la route. Là-bas, dans un bar, j'ai sympathisé avec une dame qui m'a proposé de m'héberger, le temps que je me détermine sur un nouveau projet. Je lui ai loué une chambre pendant un mois. C'était génial, j'étais en plein centre ville, à 200 m de la plage. Ce fut une expérience formidable.
Comment êtes-vous arrivée en Deux-Sèvres ?
Quand j'étais en Espagne, Jacques Chaboissant (le président du Volley-Ball Pexinois Niort) m'a contactée et nous avons correspondu sur Skype. Il était en quête d'une joueuse pour renforcer son équipe : une urgente nécessité avec la montée en N2. Après mûre réflexion, j'ai accepté son offre. Je suis arrivée à Niort en novembre 2006. Je ne parlais pas un mot de français. La dame qui m'hébergeait en Espagne m'a beaucoup aidée dans mes démarches pour préparer mon voyage, qui marquait le début d'une nouvelle aventure. Après un essai de deux semaines, j'ai décidé de rester. Pourtant ce n'était pas réellement ce que je recherchais à cette époque, mais Jacques s'est montré tellement persuasif qu'il était très difficile de lui dire "non". J'avais 22 ans, j'étais sans doute plus facilement influençable qu'aujourd'hui (sourire). Sérieusement, le club me semblait très "honnête".
Comment avez-vous vécu votre intégration dans l'équipe du VBPN ?
L'objectif affiché, pour l'équipe, c'était le maintien en N2 et la stabilisation du groupe pour aller encore plus haut. Mais pour moi, le premier challenge a été d'apprendre le français. Je suis très académique, j'aime beaucoup les langues, c'est aussi pour cette raison que j'ai quitté les Etats-Unis, mais la première année ce fut horrible de ne pas pouvoir communiquer, même si les filles étaient très sympas avec moi. Jacques m'a beaucoup aidée à m'intégrer.
Quelle a été votre évolution sportive dans le groupe ?
Beaucoup d'anciennes joueuses sont parties, pour travailler, à la fin de leurs études. Cette vague de départs a donc laissé une plus grande place à des filles comme moi, recrutées pour amorcer ce nouveau tournant. Jacques m'avait d'ailleurs sollicitée plusieurs fois, avant mon arrivée, pour ramener une petite Américaine dans ma valise (sourire).
Pendant les deux premières saisons, j'ai laissé les "portes ouvertes" à toute autre proposition. Ce n'est qu'à partir de la troisième que j'ai su que je restais. Je me sentais mieux intégrée, donc naturellement plus performante sur le terrain. Il faut du temps de trouver ses marques.
Comment ressentez-vous cet éloignement par rapport à votre famille ?
Les Etats-Unis sont un très grand pays et ma famille est éclatée géographiquement. Quand j'étais à l'Université, je vivais à 3h30 de route de ma mère, à près de 6h de route de mon père et à 5h d'avion de mes grands-parents. Si j'étais restée là-bas, je ne les aurais donc pas vus très souvent non plus. En revanche, l'éloignement a changé ma façon de ressentir la distance qui nous sépare, dans le cas où il arriverait quelque chose à l'un des membres de ma famille. Pour les rejoindre, il faut prévoir deux jours minimum : le temps d'aller à Paris en train, pour ensuite prendre un avion pour Seattle, etc.
Comment vos parents ont-ils réagi quand vous êtes partie ?
La première année, ils étaient contents. Et puis mon frère était tout près. Quatre ans plus tard, voyant que je n'ai toujours pas prévu de rentrer au pays, ma mère est beaucoup moins contente de me savoir aussi loin... et aussi indépendante ! (sourire). Je rentre chaque été. L'an dernier, j'ai également fait le voyage pour Noël, mais au final ça m'a beaucoup fatiguée.
À quelle étape de votre carrière sportive vous situez-vous ?
J'ai connu plusieurs périodes avec le VBPN : la N2, la descente en N3 et la remontée en N2, avec l'arrivée de Rose Beleng l'an dernier. Aujourd'hui, je considère que je suis en phase finale dans ma carrière de volleyeuse. J'ai déjà conseillé à Jacques Chaboissant de rechercher un autre "noyau" pour le groupe. Il y a un an, il m'a demandé de rester encore 3 ans. Mais il repousse sans cesse l'échéance. Surtout maintenant que le groupe est renforcé. Le rôle de joueuse/entraîneuse qu'occupe Rose est très difficile, mais on sait comment elle fonctionne à présent, et donc nous sommes plus efficaces sur le terrain.
Qu'est ce qui pourrait vous retenir ?
Si dans deux ans nous arrivons à monter en N1, alors là ça m'intéresse ! Avec un tel projet, je serais capable de tout remettre en questions. Mais mon niveau ne suffira pas : il faudra que Jacques recrute une fille d'un niveau supérieur qui serait à son tour le noyau du groupe, et qu'il trouve des filles exceptionnelles, plus jeunes, plus fortes...
Quels sont vos objectifs pour les prochains matchs ?
Actuellement nous sommes 4èmes au classement. Le maintien en N2 est assuré mais pour viser plus haut, nous manquons cruellement d'effectifs (on tourne à 7-8 joueuses). Jacques est en train de rechercher un 2ème entraîneur. Si on terminait la saison en étant 2èmes, ce serait parfait. Mais je serais contente si on finit 3èmes.
Concilier sport et études, est-ce facile ?
On dit que la meilleure phase sportive, physiquement, se déroule avant 30 ans. Et je me rends bien compte que je ne récupère plus comme avant. Je n'ai plus 20 ans ! (sourire). Après un match tel que celui contre Mérignac récemment, le lundi je ne pouvais plus bouger. J'avais l'impression d'être une loque (sourire). Cette année, je me partage entre Poitiers et Niort, autrement dit entre les cours à la fac (6 à 8h par jour) et les entraînements (3 fois par semaine), les matchs... J'habite entre les deux, à Saint-Maixent-l'Ecole, donc je m'organise au mieux. Train d'un côté, trajets en voiture de l'autre ; les journées sont longues, et le rythme, difficile à suivre. L'an dernier, j'assistais Jacques dans la recherche de sponsors, j'étais très impliquée dans la vie du club, mais cette année ce n'est plus possible.
Vous êtes donc étudiante à l'Université de Poitiers. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Je prépare un Master professionnel dans le domaine des sciences humaines et sociales, mention "philosophie", spécialité "médiation dans les organisations". La formation consiste notamment dans l'analyse des relations dans un collectif, la création des conditions de circulation de la parole, la libération des capacités des acteurs d'un groupe à trouver une issue à leurs conflits, la compréhension du mode de fonctionnement des institutions, des entreprises, des organisations... Ce domaine de compétences suppose de bonnes connaissances en droit, en communication, en philosophie, en psychologie sociale, en expérimentation urbaine et en médiation interculturelle.
Un mot sur les JO de Vancouver ?
Les JO d'hiver, ce sont ceux que je préfère. Personnellement, j'adore le ski de fond. Et puis les paysages sont magnifiques ! Mon père vit à moins d'une heure de Vancouver, Yakima (où je vivais) est à 5h, donc au regard de la grandeur des Etats-Unis, c'est un peu "chez moi". J'étais donc très nostalgique de toutes ces montagnes vues la télé, forcément. Mais à l'idée que les organisateurs aient dû produire de la neige artificielle pour ces Jeux (ce qui n'est pas très écologique), ça m'a fait un peu mal au cœur quand même...
Plus d'infos sur le club de Lacey Bell sur http://vbpniort.fr